Civiliser les pipis à Paris – L’ADN

 

Au lieu de gaspiller l’urine, rendez la utile. L’Uritrottoir permet de se soulager dans la rue, en toute légalité, et de créer du compost qui peut-être un jour serviront à faire pousser des fleurs…

L’uritrottoir est un urinoir sec, sans raccordement, à destination des espaces publics, notamment les gares et les lieux publics à proximité des bars. Le produit promet de lutter contre le vandalisme urinaire et contre les mauvaises odeurs, il est d’ailleurs surmonté d’une plante odorante. Ce même vandalisme entraîne une dégradation coûteuse pour les mobiliers urbains, les façades, les portes et dérange grandement les riverains. Certaines villes ont parfois fait preuve d’ingéniosité pour éviter les débordements, sans succès. Contrairement à un urinoir classique, l’uritrottoir permet de créer du fumier humain en un an à l’aide d’azote (urine) et de carbone (paille).
Le principe a été adapté d’un concept antérieur à l’uritrottoir : l’uritonnoir. Contre les festivals aux odeurs d’urine et de bière, l’uritonnoir a choisi le biodégradable. Il permettait déjà de créer du fumier humain et de proposer des festivals plus sains. Fort de cette expérience, les éco-designers de Faltazi en ont dérivé la fonction de manière plus urbaine avec cette fois un dispositif métallique à fixer au sol (comme demandé par les villes). Vrai mobilier urbain, il est entretenu par un prestataire afin de le vider puis envoyer son contenu en plateforme de compostage. Un capteur lui donne l’alerte pour qu’il sache quand vider l’uritrottoir, en général après 500 à 600 passages. L’objet devait être agréable à l’œil des passants et riverains, il a donc été rehaussé d’une jardinière fleurie: cela choque en effet moins que des toilettes sèches classiques en plein milieu de nos rues. Chose plutôt réussie.

L’idée d’un urinoir éco-responsable a germé grâce au site d’économie circulaire lesecovores.com où sont recensés toutes les boucles pertinentes dans les villes. Il y est question d’éco-conception, observer et analyser les cycles de vie produit et veiller à toutes les phases de la conception au déchet.

« On essaie que chaque matériau soit utilisé »

Faltazi estime que les villes sont remplies de bio-déchets, déchets organiques qui sont chaque jour gâchés. Ils sont emmenés en camion poubelle puis brûlés alors qu’ils peuvent être valorisables en compost à condition de ne pas les mélanger aux autres détritus (comme le plastique).

« Nous cherchons à conserver l’urine car elle dispose d’une forte capacité à conserver le phosphore et l’azote nécessaire à faire pousser les plantes en agriculture »

3000 euros pièce et un prestataire à rémunérer, l’uritrottoir peut être jugé comme cher. En revanche, 10 personnes par semaine suffisent à « souiller » une rue et la rendre malpropre. A savoir, un seul pipi de rue peut coûter jusqu’à 20€ en nettoyage à la ville. Les économies paraissent assez évidentes.

L’intégralité des villes se disent gagnantes car l’appareil permet de grandes économies à l’aide d’une gestion plus simple et de multiples dégradations empêchées. Paris, Lyon, Nantes, Rennes, de nombreuses villes françaises en ont déjà commandé ou se disent fortement intéressées. Cependant, le phénomène ne touche pas seulement la France. D’après Faltazi : « De nombreux pays se disent intéressés par l’uritrottoir dont la Suisse, la Belgique, l’Allemagne, l’Angleterre ou encore les Etats-Unis ».

La SNCF est de son côté déjà dans la boucle avec des pilotes notamment à la gare de Lyon de Paris. A terme, on parle d’uritrottoirs aux extrémités des quais et proches des gares. Très intéressée, la société de chemin de fer se dit prête en cas de réussite à intégrer la jardinière à d’autres gares.

Faltazi est sensible à un concept pour mesdames. Si le défi semble compliqué par la nécessité d’une cabine, d’une enceinte qui protège de la vue, ils semblent prêts à le relever. Mais ils nuancent en rappelant l’objectif premier : répondre à l’insalubrité des rues dont les hommes sont responsables à 80%.

Après 6 mois de développement, le mobilier urbain de Faltazi en a déjà intéressé beaucoup.

PIERRE LE TALLEC

Posted on 14 février 2017 in France, Presse

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