Faire pipi utile et fertile en ville, c’est désormais possible !

Des urinoirs fleuris et écolos sont installés gare de Lyon à Paris par la SNCF depuis ce lundi. Ces mini-vespaliennes sèches écolos intéressent déjà les villes de Nantes et Paris.

L’urine ne se perd plus et peut devenir un fertilisant… même en ville! Depuis ce lundi matin, des «uritrottoirs» sont en effet disposés gare de Lyon à Paris. Ces urinoirs, à mi-chemin entre une pissotière de rue et une jardinière, sont équipées de paille ou de sciure de bois, et permettent de transformer les épanchements des messieurs pris par des envies pressantes en engrais.

Comment? La botte de paille contenue dans ces vespasiennes sèches est imprégnée par l’urine et elle finit par noircir et devenir du fumier qui, après un passage dans une station de compostage, se transformera en compost. En attendant cette mutation, le carbone présent dans la paille, mêlé à l’azote de l’urine, capte les mauvaises odeurs. Et le système renfermé dans une boite métallique est surmonté de plantes odorantes.

Le système répond ainsi à un problème de taille: la gestion des urines sauvages en ville dans des lieux ciblés qui deviennent particulièrement nauséabonds. Jusqu’à présent, pour venir à bout des odeurs d’urine tenaces, les services de propreté des villes se mobilisaient à grand renfort d’eau et de détergents, agressifs pour l’environnement. Au-delà de ces campagnes de propreté, d’autres solutions ont été testées. À Bordeaux, la mairie teste une peinture hydrophobe qui renvoie le liquide à l’envoyeur ! La solution a aussi été testée à Paris mais elle a été jugée trop coûteuse. En Inde, dans le Rajasthan, le gouvernement local récompense les passants qui troublent la tranquillité des hommes qui urinent, au moyen de sifflets et de tambours! Toujours en Inde où il est courant de voir des hommes uriner en ville, des associations avaient décidé de placer des images de dieux sur les murs pour dissuader les urineurs!

Un moyen de valoriser les urines

«Nous nous sommes inspirés du système de toilettes sèches que nous avons mis au point pour les festivals», indiquent Laurent Lebot et Victor Massip, les associés de l’agence Faltazi à l’origine de ce projet. L’urinoir sec champêtre se présentait sous la forme d’un entonnoir. Les designers de l’agence nantaise ont donc imaginé la version citadine de leur urinoir «écologique et économique. Le gros avantage de notre système est qu’il n’est pas raccordé aux égouts. On peut soit pomper l’urine dans des camions dédiés, soit remplacer la paille. En revanche, il faut que les systèmes soient installés à proximité d’une station de compostage. Si l’on doit faire des dizaines de kilomètres pour composter les déchets, la dimension écologique est largement diminuée», souligne Laurent Lebot. «Une fois composté, les résidus pourront être utilisés comme engrais pour l’horticulture», décrit son associé.

Ainsi, «le système répond à plusieurs besoins, celui de la propreté mais aussi celui de la valorisation des urines. L’uritrottoir permet de recréer des cycles de nutriments détruits par les stations d’épuration», souligne Tristan False, responsable des chantiers des Gandousiers, groupe qui va collecter les flux des uritroittoirs. «Nos urines sont en fait très riches, elles contiennent beaucoup d’azote et du phosphore, une matière stratégique qui va être limitée à terme. Et l’azote est utilisée comme engrais chimique par l’agriculture or l’azote de nos urines est détruite dans sa quasi intégralité par les stations d’épuration. Elle est ensuite recréée sous forme solide pour l’agriculture avec un coût énergétique…c’est du gaspillage», ajoute le spécialiste des solutions de toilettes sèches.

Et en cas de trop grand afflux de pipis, l’uritroittoir a tout prévu! Les dispositifs sont équipés de capteurs qui permettent de savoir en temps réel quand les bacs sont pleins et éviter ainsi tout débordement, tout en épargnant aux prestataires chargés de la collecte de l’urine des déplacements inutiles si les bacs ne sont pas pleins. Le système existe sous plusieurs formats. La version XXL peut contenir 600 pipis et l’autre, plus petite, peut en recueillir 300, précisent les concepteurs. La solution peut en outre s’adapter à toutes les configurations, en fonction des besoins des villes.

La SNCF en inaugure deux ce lundi matin à proximité de gare de Lyon, à titre expérimental. Si le test est concluant, la société de chemins de fer pourrait en commander 360 dans les gares franciliennes. De son côté, la ville de Nantes testera trois de ces urinoirs au printemps dans des «rues à pipi» de la cité des ducs de Bretagne. Les citadins peuvent désormais soulager leurs envies irrépressibles d’uriner, tout en faisant un geste pour l’environnement!

MATHILDE GOLLA
/ LE FIGARO

Posted on 2 janvier 2017 in France, Presse

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