Les Lausannois pourraient faire pipi dans des bacs à fleurs – 20 MINUTEN

Et si les recoins des villes ne sentaient plus l’urine, mais l’odeur des plantes? Un concept écolo pour se soulager.

On la reconnaît de loin cette odeur acre d’urine qui incommode les passants les lendemains de fête. Quand ça urge, ça urge. Et certains – surtout ces messieurs – n’hésitent pas à se laisser aller contre un mur, dans un sous-voies ou un coin sombre. Un véritable problème de propreté pour les villes et leurs services de voiries.

La solution à ce fléau pourrait venir de France – de Nantes plus précisément – et ressemble à s’y méprendre à une jardinière. Elle porte le nom d’uritrottoir. Le concept est assez simple, et reprend le principe d’une toilette sèche. Un bac à fleurs surplombe un urinoir, derrière lequel se cache un vaste tiroir. Le liquide vient se déverser dans ce bac sur un lit de paille, de copeaux de bois ou de sciure. Un peu de macération permet à ce doux mélange de produire au bout de quelques mois du fumier humain. Un an plus tard, cet engrais naturel est utilisé pour fertiliser les plantes. La boucle est bouclée.

Mais ce n’est pas tout. L’uritrottoir est connecté. Quand il est plein, il envoie un signal aux responsables chargés de son entretien. Ce serait quand même dommage qu’il déborde. Le tiroir «grande taille» peut toutefois contenir jusqu’à 600 pipis grands formats, assurent les fabricants. Prix de la vespasienne, environ 3000 francs pour le modèle à la plus grande contenance.

A l’origine de ce concept, Faltazi, une société française de design industriel. «Les deux premiers uritrottoirs ont été déposés en janvier à la gare de Lyon à Paris. Il s’en est suivi un important battage médiatique, se réjouit Laurent Lebot, cofondateur de l’entreprise. Trois autres modèles seront installés ces prochains jours à Nantes. L’objectif est de lutter contre «l’urinage» sauvage en proposant une solution simple qui n’a pas besoin d’être relié à un quelconque raccordement. On installe l’urinoir, là où se produisent les souillures.» L’idée séduit au-delà des frontières de l’Hexagone. «Nous avons des discussions avec une ville en Bretagne et Séoul en Corée du Sud. Mais aussi Lausanne, qui réfléchit à notre produit pour des manifestations.»

Des discussions ont en effet eu lieu avec le chef-lieu du canton de Vaud, mais rien n’est encore fait, nous explique-t-on d’emblée du côté de la Ville. «Nous nous intéressons à tout ce qui se fait ailleurs, c’est une sorte de veille technique précise Stéphane Beaudinot, chef du service de la propreté urbaine. Aucune décision n’a été prise.»

De l’autre côté de la Sarine, c’est à Berne que le concept plaît, comme le révélait en février 20 Minuten. «Une présentation doit avoir lieu ces prochaines semaines avec le fabricant, nous confirme la Ville. Des représentants de certains offices fédéraux seront également présents. Si l’impulsion vient de la Direction de la sécurité, ce sont d’autres services qui prendront la décision d’installer ou non ces uritrottoirs.» Les toilettes publiques sont en effet du ressort du ressort de la Direction de la sécurité, mais pas les bacs à fleurs qui relèvent du Service des espaces verts. Employé de ce service, Walter Glauser trouve l’idée intéressante, mais a une crainte. «Que les gens n’urinent pas dans le pissoir, mais sur les fleurs!» Aviné, le pisseur occasionnel peut être mal avisé.

Si toute cette affaire prête à sourire, il y a toutefois un raisonnement économique derrière. «Ceux qui urinent en pleine rue constituent un vrai problème», explique Reto Nause, directeur bernois de la sécurité. Pour y faire face, la ville a installé des toilettes mobiles aux endroits stratégiques. Mais l’entretien coûte cher: dans les 100 000 francs par année. «L’uritrottoir pourrait être une solution.»

A Paris, les récolteurs à pipi de la gare de Lyon sont couverts d’herbes de Provence au doux parfum de lavande. Les Suisses auront-ils le nez dans les géraniums quand ils se soulageront?

FLORENT QUIQUEREZ

Posted on 18 mai 2017 in Presse, Suisse

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