Vers la fin des «pipis sauvages»? Oui, grâce à ces boîtes écologiques!

Deux designers français ont élaboré une solution écologique au problème des «pipis sauvages». De quoi redonner le sourire aux passants et aux riverains! Sputnik vous révèle les détails de ce projet à la fois simple et génial dans un entretien avec l’un des designers, Laurent Lebot.

Les gens qui urinent dans les rues constituent un problème sérieux en France, mais un nouvel outil économique et écologique pourrait aider à se débarrasser de cette mauvaise habitude.

«Nous savions qu’il fallait trouver une solution à ce problème, que l’attente était grande, et nous avons donc mis au point quelque chose», intriguait alors Victor Massip, partenaire commercial de M. Lebot.

Victor Massip et Laurent Lebot (les Faltazi) sont des designers qui collaborent avec le groupe SEB, pour lequel ils dessinent des fers à repasser, des aspirateurs ou encore des bouilloires électriques. Cette fois-ci, ils ont inventé un objet hautement écologique et indispensable dans le milieu urbain — un Uritrottoir censé remédier à un fléau connu sous l’appellation de «pipi sauvage».

Derrière cette idée, il y a la protection de l’environnement et la valorisation des déchets.

«C’est toute une réflexion sur la valorisation de deux déchets: la paille et l’urine, un déchet dont aujourd’hui on ne fait rien», précise M. Lebot. «Apres la visite d’un centre de technologies alternatives au Pays de Galles, on s’est dit qu’il serait très intéressant d’imaginer des projets qui puissent valoriser ces deux déchets, mais dans notre quotidien. On s’est aperçu que dans la rue on rencontre des gros soucis. Souvent, il existe des zones nauséabondes suite aux épanchements masculins peu contrôlés du jeudi soir… On s’est dit qu’il serait intéressant de cartographier ces zones délaissées dans ces villes pour y installer les Uritrottoirs».

Globalement, l’idée consiste à faire uriner les gens dans un appareil de forme cubique de la même façon que s’ils utilisaient un urinoir classique. L’urine est stockée dans la partie inférieure de l’engin qui contient de la paille, tandis que la partie supérieure se présente sous la forme d’une jardinière de fleurs. Ainsi, l’urine est recyclée en compost qui fertilise les fleurs.

La boîte inférieure contient de la matière-sèche (paille, sciure ou copeaux de bois). L’association carbone/azote permet de limiter les odeurs nauséabondes.

Mais avant de s’attaquer à l’environnement citadin, les inventeurs ont créé en amont un Uritonnoir pour s’en servir lors des festivals d’été.

«L’Uritonnoir est un objet qu’on peut envoyer plus facilement par la poste. C’est un objet qui vient se glisser dans les grandes bottes de paille qui font éponge. On les utilise non seulement dans les festivals, mais aussi dans les jardins. C’est un outil de jardinier: on urine dans une botte de paille qu’on utilise pour faire du fumier, qui se transforme au bout d’un an en compost pour les légumes», souligne M. Lebot.

Certaines mairies ont déjà pris contact avec les inventeurs de l’Uritrottoir, ainsi que des gares. Visiblement, il y a un vrai souci dans les espaces publiques, puisque cette question ne laisse pas insensible.

Selon les designers, l’Uritrottoir permettra d’économiser de l’argent et de créer des emplois de nettoyeurs et autres postes d’employés municipaux, la paille usagée devant être remplacée régulièrement.

L’invention a suscité beaucoup de réactions positives chez les citoyens. Rires, étonnement, émerveillement, mais surtout impatience de voir ces nouveaux urinoirs en action dans les grandes villes françaises.

Victor Massip a été par ailleurs convié par des représentants de l’Hôtel de Ville de Paris à se rendre dans la capitale pour présenter son projet. Si son élaboration peut mettre fin aux «pisseurs sauvages» de la capitale, il aura bien des supporteurs parmi les Parisiens…

L’Uritrottoir attire incontestablement l’œil, surtout du fait de la présence de fleurs.

«Les fleurs servent à ornementer la partie supérieure.», explique l’interlocuteur de Sputnik. «Si on en fait une jardinière fleurie avec des plantes pérennes, tel que lavande ou sauge, c’est également pour diffuser de beaux parfums. Urine + paille = fumier, fumier devient compost, et le compost, dès qu’il est mature, viendra nourrir les jardinières. Ça crée une boucle, de l’économie circulaire.

Ce concept semble à l’opposé des tentatives précédentes de remédier au problème. Xavier Delaporte, un Parisien de 31 ans, avait par exemple proposé d’utiliser une peinture hydrophobe qui ferait en sorte qu’au contact de la surface le pipi rebondisse immédiatement sur son propriétaire.

«Se retrouver avec de l’urine sur soi n’est pas forcément très agréable. La peinture hydrophobe utilise des matériaux nanotechnologiques qui ne sont pas, non plus, bons pour l’environnement. On s’oriente plutôt vers des solutions simples et efficaces, on cherche à faire de l’écologie souriante en trouvant des solutions astucieuses qui se glissent dans nos villes sans être pour autant complexes», affirme M. Lebot.

Le projet de M. Delaporte était d’ailleurs assez onéreux, alors que l’Uritrottoir s’avère peu coûteux. Son prix n’est pas encore déterminé, puisqu’il n’en existe qu’un prototype, mais l’objectif fixé par les designers de Faltazi est de ne pas dépasser 1000 euros par boîte, ce qui est beaucoup moins cher que les toilettes publiques accessibles actuellement.

La chose la plus regrettable en l’espèce, c’est d’avoir une palette de solutions pour les garçons, mais presque rien pour les filles.

«Pour la petite histoire, au début, pour les Uritonnoirs, on a inventé deux modèles — un pour les hommes et un pour les femmes», raconte l’inventeur. «Mais les femmes ont besoin d’avoir une cabine, ce que nous renvoie vers la solution déjà existante des toilettes sèches. On s’est aperçu qu’à l’usage, dans les festivals, il n’y avait pas que les hommes qui utilisaient nos Uritonnoirs. Uriner debout dans un festival, c’est plus commun, pour la rue c’est moins +glamour+. Du coup, il reste encore à réinventer des toilettes sèches pour les femmes», résume-t-il.

La dernière question qui reste, celle du vandalisme et de la sécurité, est aussi résolue par les designers, les uritrottoires n’étant pas inflammables du simple fait que la paille beigne dans l’urine. Compressée au fond, elle empêche l’oxygène de circuler. En outre, les inventeurs ont pris en compte la détérioration de l’objet dans les conditions urbaines afin qu’il puisse résister au temps et aux aléas de la vie citadine.

/ Sputnik

Posted on 23 mai 2016 in France, Presse

Share the Story

Back to Top